Tarô Minamoto à Angoulême [Màj du 02/02]

Une fois n’est pas coutume, je poste un second billet dans la même journée ! Comme vous le savez tous, le festival d’Angoulême débute demain. Comme vous le savez tous, Atsushi Kaneko (Soil, Bambi) et Stan Sakai (Usagi Yôjimbô) seront de la partie. Mais un autre auteur important fait le déplacement pour l’occasion, et il est bien dommage qu’il ne bénéficie pas d’une plus grande attention…

En regardant le programme un peu par hasard (puisque je ne serais pas sur place, c’était plus par curiosité que par nécessité), une conférence a attiré mon attention, celle de vendredi 27 à 11h30 intitulée « Quels liens entre Manga, jeux vidéo, animation et art ? » avec la participation du Japan Media Arts Festival représenté par M. Tarô Minamoto.

Il est important de rappeler que depuis 15 ans, le Japan Media Arts Festival est organisé par l’Agence des Affaires Culturelles Japonaise (rattachée au Ministère de l’Éducation) et récompense des œuvres artistiques dans quatre catégories : Art, Entertainment, Animation et Manga (et parfois un Prix Spécial). Tous les ans au mois de décembre sont ainsi attribués un Grand Prix, plusieurs Prix d’Excellence, un Prix d’Encouragement tandis que le jury recommande d’autres œuvres dignes d’intérêt dans chaque catégorie.
Depuis quelques années, je proposais les résultats relatifs au manga dans mes news d’Animeland (n° 119, 129, 139, 149, 159, 170…). Parmi les Grand Prix passés, citons : Vagabond (Tonkam), Le pays des cerisiers (Kana) – de Fumiyo Kôno qui sera en France début mars au Centre Pompidou -, Journal d’une disparition (Kana), Spirit of the sun (Tonkam), Vinland Saga (Kurokawa)…

Monsieur Minamoto, quant à lui, est assez touche-à-tout, même s’il officie principalement comme mangaka et critique de manga. Ce natif de Kyôto a fait ses débuts en 1967, à l’âge de 20 ans, dans un numéro spécial du Bessatsu Ribon (un magazine pour filles) avec Aniki kampai, après avoir étudié les beaux-arts. Au cours de sa prolifique carrière, durant laquelle il adapta certains textes célèbres (Cyrano de Bergerac, Hamlet, Monte Cristo, Les Misérables), il s’illustra principalement dans le gag manga. Ce qui est relativement raccord avec la thématique de l’exposition d’Angoulême cette année : Manga, les sens de l’humour.

Mais c’est en tant que critique que j’ai à ce jour le plus apprécié son travail avec sa participation à un recueil de nouvelles paru en 2008 pour les 45 ans de carrière de Takumi Nagayasu (Mother Sarah), dont il est grand fan (voir AL n°146) ; et les textes qu’il a rédigés dans deux livres consacrés à Osamu Tezuka et publiés peu de temps avant (voir AL n°145 et Manga – 10 000 images 2 pages 102-103).

Tarô Minamoto a également remporté un Prix Spécial lors de la 8e édition du Prix Culturel Osamu Tezuka (2004) pour avoir développé un nouveau style de BD historique et pour sa contribution à la culture du manga, ainsi qu’un Prix d’Excellence lors du 14e Japan Media Arts Festival (2010), justement, avec Fûunjitachi Bakumatsuhen.

Alors si vous avez l’occasion de croiser ce grand monsieur, n’hésitez pas à aller lui accorder toute l’attention qu’il mérite (de mon côté, je regrette désormais de ne pas être sur place !). N’hésitez pas non plus à vous intéresser aux auteurs Taïwanais présents en nombre et forts talentueux, si j’en crois les planches disponibles sur le blog officiel (avec des BD traduites en lecture gratuite et légale !).

Un résumé des activités intéressantes est à lire ici ou en version détaillée sur le site officiel de Mangoulême.

[EDIT du 02/02/2012 : Yves Schlirf (Kana) a rencontré le mangaka à Angoulême et il a même reçu une dédicace de celui-ci.]

Thermae Romae (Mari Yamazaki) (1)

L’une des séries de l’année 2012 devrait être, incontestablement, Thermae Romae. Au Japon, le manga ne tardera pas à dépasser les 5 millions d’exemplaires vendus en 4 tomes (si ce n’est déjà fait… Mais avec les éditeurs, il est toujours difficile de savoir s’ils communiquent en tirages ou en ventes !), connaître un cinquième opus dans l’année, ainsi qu’une courte série animée ce mois-ci et un film live le 28 avril . Ouf !

Le pitch :

Lucius Modestus, un architecte romain de l’Antiquité boudé par la profession décide d’aller se détendre aux thermes. Alors qu’il s’immerge dans l’eau, il se retrouve aussitôt transporté dans le temps et l’espace, atterrissant dans un bain public du Japon contemporain. Ces étranges voyages lui permettent de s’inspirer des inventions japonaises et des techniques modernes pour briller à Rome et s’attirer les faveurs de l’empereur Hadrien…

Un extrait des deux premiers tomes est disponible sur Amazon Japan : Tomes 1 & 2.

Pour avoir eu les premiers tomes dans les mains, je peux dire que c’est vraiment très drôle (même si, comme souvent avec ce genre de concept, certains gags tournent vite en rond) et que la série ne vole ni sa popularité, ni les prix qu’elle a reçus au Japon (Manga Taishô et Prix Culturel Osamu Tezuka en 2010).

En France, les deux premiers volumes sortiront chez Sakka (Casterman) le 14 mars, pour le Salon du livre de Paris où Mari Yamazaki, l’auteur, sera présente. Le 3ème tome est quant à lui prévu le 27 juin, pour Japan Expo.

La série animée, qui ne fera que trois épisodes de 26 minutes, a débuté hier soir sur la chaîne Fuji TV. L’éditeur français Wakanim.TV propose légalement et gratuitement de voir les épisodes en VOSTF vingt-quatre heures à peine après leur diffusion nipponne.

Avis sur le premier épisode de l’animé :

Première surprise, il n’y a pas un épisode de 26 minutes, mais deux de 10. Ce qui signifie que la série comptera six épisodes en tout. L’histoire est assez fidèle au manga, mais je trouve que la sauce à du mal à prendre ici. J’y vois deux raisons majeures : l’animation flash est minimaliste, vraiment, et les deux épisodes ont un schéma narratif quasi-similaire. Ça reste sympa, drôle sans être hilarant, mais je m’attendais à mieux. Y a des bonnes trouvailles, mais je vous déconseille de lire les résumés fournis par l’éditeur car ils en dévoilent bien trop à mon goût. Un bon point pour la bande son : bonne idée d’utiliser des morceaux de musique classique pour diminuer les coûts, d’autant que les choix collent bien aux situations mises en scène. Bref, un début sympatoche qui ne casse pas trois pattes à un canard et je ne pense pas trop me tromper en disant que le manga sera de meilleure qualité. Plus que deux mois à attendre !

Mais si vous souhaitez malgré tout vous mettre dans le bain (car comme le dit Wakanim : « Tous les bains mènent à Rome ! »), c’est par là ! (Épisode 1Épisode 2)

* * *

L’info en plus : Au Japon, l’actualité de Mari Yamazaki (blog en japonais) est particulièrement chargée ! Le numéro de février du magazine Comic Beam (qui publie la série) vient de sortir aujourd’hui et c’est Termae Romae qui est en couverture.

© Mari Yamazaki / Enterbrain 2012

Et ce n’est pas tout ! On retrouve également la mangaka dans les numéros de cette semaine des magazines généralistes anan et Hanako (n° spécial sources thermales). Enfin, on apprend tout juste qu’un pendentif en argent à la forme originale et singulière (un phallus, quoi !) présent dans la série va être commercialisé en mars pour la coquette somme de 24 800 yens (soit environ 250 euros, sans les frais de port et les taxes éventuelles). Voir la bête.

Mais comme si ça ne suffisait pas, Mme Yamazaki a débuté, Tatte iru mono ha Ryôko demo tsukae !, un essai-manga gratuit en ligne pour le compte du mensuel CREA. Découvrez le tout premier chapitre de huit pages (en japonais) ici !

© Mari Yamazaki / Bungei Shunjû 2012