Le « Morning » débarque en force

Dans une semaine, c’est le 33e Salon du Livre de Paris. Parmi les auteurs invités, on retrouve Takehiko Inoue, le papa de Vagabond, publié ponctuellement dans l’hebdomadaire Morning, Fuyumi Sôryô et Motoaki Hara, créateurs de Cesare, édité encore plus épisodiquement dans Morning, et Hikaru Nakamura, a qui l’on doit les désopilantes Vacances de Jésus & Bouddha qui ont vu le jour dans… Morning Two (oui, y avait un piège !).

Comme à leur habitude, les éditions Ki-oon proposeront sur leur stand une exposition consacrée à une série de leur catalogue. Cette fois-ci, c’est évidemment Cesare qui sera à l’honneur, le manga marquant en outre leur première vraie collaboration avec l’éditeur nippon Kôdansha. Mais ils ne s’arrêtent pas en si bon chemin puisqu’ils ont annoncé aujourd’hui l’acquisition d’un second titre du catalogue Kôdansha, et de Morning en particuliers, La Main droite de Lucifer. Alors ? Jamais deux sans trois ? En attendant, La Main droite de Lucifer est le 4e manga de Naoki Serizawa a paraître dans nos contrées et le mangaka réussi l’exploit d’être à chaque fois publié chez un autre éditeur : après Shiro détective catastrophe chez Taifu Comics, Saru Lock chez Pika Edition et Resident Evil chez Kurokawa, c’est donc Ki-oon qui a jeté son dévolu sur ce dessinateur dont le travail se bonifie avec le temps.

Enfin, nous avons appris discrètement cette semaine, au détour d’un podcast en ligne, que Pika Edition prévoyait de sortir Space Brothers de Chûya Koyama (toujours de Morning) en fin d’année. La série a été adaptée en animé l’an dernier et est diffusée gratuitement et légalement toutes les semaines en VOSTF sur le site Genzai. 48 épisodes sont d’ores et déjà disponibles.

Et si vous voulez en savoir plus sur l’incontournable magazine Morning, je vous renvoie bien évidemment à l’article que je lui ai consacré dans Le Meilleur du Manga 2013.

News Animeland : Bonus Track (4)

Il ne vous reste plus que quelques jours pour vous procurer le numéro de juin d’Animeland (182). Pour ceux qui l’ont déjà, voici trois compléments d’informations.

Bonus 1 :

C’est sur ce blog japonais que l’on découvre la couverture et certaines pages du premier numéro de Jing Manhua, nouveau magazine de prépublication en Chine co-produit par Kôdansha. Ce premier opus contenait donc 8 récits au format A4 et chaque page était composée de 4 planches originales. Je met du passé car le numéro 2 devrait sortir aujourd’hui, si je ne m’abuse.

Bonus 2 :

Découvrez ci-dessous la dernière couverture du Big Comic dessinée par Shûichi Higurashi (à gauche) et la première dessinée par Nampei Kaneko (à droite).

 
© Shôgakukan, Inc. 2011

Bonus 3 :

Le 11e et dernier tome de Blessures Nocturnes, le chapitre de l’espoir, sort dans trois jours au Japon. La couverture (de circonstance, si je puis dire) est visible sur Amazon. Et d’après Comic Natalie, plusieurs mangaka interviendront dans ce tome, dont Hideki Arai (Ki-itchi VS) et Taiyô Matsumoto (Amer Béton), tandis que le récit sera adapté au théâtre à Tôkyô du 21 au 23 septembre sous le titre Yomawari sensei ~ iin da yo, kinou made no koto ha ~.

Le manga pour enfants (2)

En faisant des recherches sur les auteurs français publiés au Japon dans le cadre de mon article sur le manga pour enfants (plus que quelques jours pour le trouver encore dans le commerce), j’ai découvert le travail de monsieur André Dahan via le catalogue de l’éditeur Kôdansha. Après un tour sur son site et une visite détaillée de son CV, je me suis rendu compte que ce monsieur était publié depuis de longues années au Japon. J’ai donc cherché à le contacter pour lui poser quelques questions sur cette partie de sa carrière et il a très gentiment accepté de me répondre. Malheureusement, je n’ai pas pu exploiter ses réponses dans mon texte. Avec l’accord de M. Dahan, que je remercie chaleureusement de m’avoir donné un peu de son précieux temps, voici une partie de l’interview qu’il m’avait accordé par mail en octobre dernier (je ne désespère pas d’utiliser le reste dans un futur article).

Comment et pourquoi avez-vous voulu devenir auteur pour enfants ?

Au départ, je suis un artiste peintre mais en même temps illustrateur de presse (Le Point, L’Express, Elle, Lui et d’autres) et de publicité. À cette époque, je travaillais beaucoup pour Bayard Presse jeunesse comme Okapi, J’aime lire, Astrapi et d’autres. C’est par ce biais que je suis devenu illustrateur pour enfants et que j’ai commencé à  avoir des idées des livres personnels.
Mon premier livre Mon amie la lune a été publié en 1987 chez Gallimard et chez d’autres éditeurs étrangers en même temps. Il a rencontré un vif succès,  alors qu’il semblait bien différent de ce qui était présenté sur le marché de l’époque. Avec ce livre, j’ai introduit la peinture à l’huile dans le livre pour enfants. C’est d’ailleurs le livre préféré des Japonais (parmi mes autres livres). Mes lectrices Japonaises pleuraient à mon exposition ce qui était extrêmement touchant.

© André Dahan / Gallimard Jeunesse

Votre première exposition artistique a eu lieu au milieu des années 80 à Tôkyô. Était-ce un choix ?

Avant d’exposer à Tôkyô, j’ai fait pas mal d’expositions en France, aussi bien des peintures que d’illustrations.
La première exposition au Japon, en 1987,  était une exposition de groupe : des œuvres d’artistes exposant à la Foire du livre de Bologne en association avec le Musée Itabashi.
Par la suite, j’exposais au Japon presque chaque année et la plus importante, réunissant à peu près 300 œuvres (illustrations de livres, de presse, petites peintures), a eu lieu en 2005 à l’Eki Museum à Kyôto (également exposée dans d’autres lieux à travers le Japon) et organisée par M. Minoru Shibuya en association avec mon éditeur principal Kôdansha. J’en garde un souvenir inoubliable ! Ma dernière exposition date du 2008 à Odaiba avec Fuji TV.

Qu’est-ce qui vous a plu dans ce pays pour que vous y refassiez tant d’expositions ?

Je ne fais pas de démarches particulières pour exposer là-bas, je suis toujours sollicité pour les faire. Mais mon plaisir est immense à chaque fois. Les Japonais sont des personnes d’une ouverture exceptionnelle, curieux de découvrir d’autres horizons et cultures, d’une gentillesse exemplaire. Je dirai que ma sensibilité et la leur se rejoignent. L’enthousiasme qu’ils expriment envers mes créations est pour moi presque surprenant mais  très réconfortant et agréable.

Quels souvenirs gardez-vous de vos passages là-bas ?

J’y suis allé trois fois et j’en revenais toujours sur un petit nuage. J‘ai eu la possibilité de rencontrer mes lecteurs, qui m’attendaient à chaque fois les bras ouverts, si je pouvais m’exprimer de la sorte, et j’ai été surpris de découvrir combien mes livres étaient populaires. C’est une récompense énorme pour un auteur : recevoir l’expression directe de l’appréciation de ses lecteurs, presque des fans.

Boku no tomodachi otsuki-sama © André Dahan / Kôdansha
L’édition nipponne de Mon amie la lune

Vos livres se vendent-ils tous de la même façon partout ou y en a-t-il qui se vendent plus à l’étranger qu’en France ?

Curieusement, certains livres plaisent plus dans certains pays que dans d’autres : Mon amie la Lune pour le Japon et l’Europe, Le chat et le poisson pour les USA. Je constate que les Taiwanais et les Chinois (qui s’ouvrent au marché du livre pour enfants et en plus venant de l’étranger) suivent le Japon et que les Coréens ont une préférence pour les livres haut en couleur.
Actuellement, j’ai l’impression – est-ce l’effet de la crise ? -, que l’édition française prend un virage plus commercial, les livres deviennent presque un gadget. Ce qui est étonnant, c’est que les éditeurs prestigieux s’engagent dans cette voie également. Ce n’est pas encore le cas au Japon, mais j’ai le sentiment qu’ils y pensent aussi. J’espère que mon éditeur préféré, Kôdansha, gardera sa ligne éditoriale.

* * *

L’info en + : Pour les japonisants, voici une petite interview de 2010 en deux parties (1 & 2), avec une photo de l’artiste. Du reste, M. Dahan travaille actuellement sur la création d’un nouveau personnage, un cœur dénommé Sweatheart.

Voir aussi : Le manga pour enfants (1)

Christophe Kourita (1)

Christophe Kourita est un auteur franco-japonais touche-à-tout dont je suis le travail depuis début 2008. Il est l’auteur, entre autres, d’Aventurier publié au Japon chez Enterbrain (mais la série est en pause depuis cette période – ce qui fait que je n’ai jamais pu exploiter les éléments que j’avais récolté à l’époque et les placer dans mes news).

En 2010 et 2011, Ankama a publié les deux premiers volumes d’Encyclopedia Diabolica, une série diffusée en ligne gratuitement en japonais sur deux sites de l’éditeur Kôdansha (« Pithecanthropus » puis « Michao! »).

 

Le principe des ouvrages est simple : Christophe puise dans ses racines pour faire naître un concept original, celui des esprits (« yôkai », en japonais) qui peupleraient les campagnes françaises depuis des siècles. Chaque tome contient douze chapitres en couleurs introduits par le professeur Lafayette, célèbre yôkaïologue, présentant à chaque fois un yôkai (inventé) et une région française (réelle, avec son folklore et ses traditions) dans des récits oniriques et surprenants, qui rappellent parfois les Contes de la crypte (en moins horrible – Diabolica étant davantage « tout public »). Victime de ses faibles ventes, la série ne connaîtra probablement pas de 3e opus chez Ankama. Ce qui n’est pas forcément gênant, car les histoires sont toutes indépendantes. Malgré tout, Christophe n’abandonne pas et continue à réaliser de nouvelles histoires qu’il devrait proposer en ligne prochainement sur son site. En parallèle, il s’est également mis en tête de fabriquer des petites figurines de ses monstres pour les présenter en diorama sur une carte de France. La première représente Gribouille (chapitre 6), la seconde, une sirène de feu (chapitre 4), et la troisième, la Bête à tête humaine (chapitre 1).

Gribouille

La sirène de feu

La Bête à tête humaine

Plus de photos et des making-of sur le blog de Christophe Kourita.

Je vous invite bien sûr à lire Diabolica, mais également à visiter le site de Christophe (peut-être que son court métrage, Rémi le marlou, vous intéressera ?) et à suivre l’actualité de son blog.

Site officiel / Blog / Twitter

(Français / English / 日本語)

Couvertures © Ankama Editions et Christophe Kourita

Photos © Christophe Kourita