« Planète Manga » au Centre Pompidou jusqu’en mai 2012

Depuis aujourd’hui et jusqu’au 27 mai, le Centre Pompidou (Paris) met le manga à l’honneur avec Planète Manga. Au programme de cet évènement exceptionnel, ambitieux et inédit en France, la découverte des coulisses de la création manga, diverses rétrospectives du cinéma d’animation asiatique, des tables rondes, des ateliers, des projections de films ainsi qu’un salon de lecture composé de 2500 mangas, installé à la Bibliothèque publique d’information. En outre, un hommage sera rendu à Osamu Tezuka, pionnier de la bande dessinée asiatique à qui l’on doit entre autres Astro, le petit robot. L’événement a pour but de démocratiser la culture manga de sorte à ce que tout le monde, novices comme passionnés, y trouve son compte. Grands classiques, films inédits, documentaires, courts métrages… La programmation, aussi riche qu’éclectique, vous permettra de plonger dans cet univers contemporain et culturellement incontournable. L’entrée est libre et gratuite si vous avez entre 13 et 18 ans. Toute la partie relative à la bande dessinée se passe à l’espace Studio 13/16, au premier sous-sol du Centre. Les projections sont payantes, mais à des tarifs modérés (de 2 à 6 euros).

Pour connaitre la programmation complète, jour après jour, et visionner le PDF complet, cliquez ici !

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Pas moins de quatre auteurs japonais importants seront présents sur place pendant la manifestation !

Fumiyo Kôno :
Cette native de Hiroshima s’est fait connaître chez Kana en 2006 avec le touchant Pays des cerisiers, qui raconte le quotidien d’une petite fille dans un Japon en pleine reconstruction après les deux bombes atomiques. Depuis, plusieurs de ses œuvres sont parues en France, chez Kana (Pour Sanpei, Une longue route) et chez Glénat (Koko), même si son travail le plus conséquent, le triptyque Kono sekai no katasumi ni (2007-2009), réédité et adapté en drama l’an dernier, reste encore inédit chez nous. Sa dernière création en date, Hoshi no furusato, est une histoire courte parue en mai 2010 dans le n°10/2010 du bimensuel BE-LOVE (Kôdansha). Elle a également réalisé un essai fin 2010, Heibon Club, disponible partiellement en ligne.
Le Pays des cerisiers lui a par ailleurs permis de remporter le 9e Prix Culturel Osamu Tezuka ainsi que le 8e Japan Media Arts Festival. Hasard de calendrier, une exposition de son travail a débuté à Tôkyô aujourd’hui et se prolongera jusqu’au 20 mars.
Conférence le 04/03 à 18h salle Cinéma 1.

Keiko Takemiya et Moto Hagio :
Bien qu’aucune de leurs œuvres n’ait jamais été publiée en France, elles font partie des grands noms du shôjo, ayant toutes deux appartenu au fameux « Groupe de l’an 24 » (une génération de dessinatrices nées en 1949 ou juste un peu après), dont le travail dans les années 70 eu un énorme impact sur la production moderne pour filles. Elles sont également considérées comme les pionnières du shônen ai et du yaoi, grâce à des histoires d’amours interdites qu’elles ont signées dès les années 70. Leur œuvres phares sont certainement Terra e… pour Mme Takemiya et Thomas no shinzô pour Mme Hagio. Cliquez sur leur nom pour avoir plus d’infos sur ces deux grands auteurs.
Moto Hagio : Atelier manga le 19/02 de 14h à 18h au Studio 13/16, suivi d’une conférence à 19h, dans la Petite salle.
[L’évènement est même relayé au Japon…]
Keiko Takemiya : Conférence le 03/03 à 18h salle Cinéma 1.

Yoshimi Kurata :
Contrairement à ce que son prénom pourrait laisser penser au premier abord, il s’agit un homme. Inconnu en France, Yoshimi Kurata est l’un des principaux auteurs de mangas culinaires au Japon, avec qui j’ai eu l’occasion de discuter à plusieurs reprises dans le cadre de mes recherches sur le sujet. Toujours en cours, sa série phare (qui lui a valu le Prix Shôgakukan en 1999) a dépassé en 2011 les 60 tomes, répartis en trois arcs : Aji Ichimonme (1984-1999, 33 t.), Shin Aji Ichimonme (1999-2008, 21 t.) et Aji Ichimonme Dokuritsu hen (depuis 2008, 7 t. – le 8e est annoncé fin mars). M. Kurata vient avec le concours du Musée International du Manga de Kyôto afin d’animer une série de trois ateliers généralistes au Studio 13/16 :
Le 27/02/2012 de 14h à 18h : « Du quotidien à la fiction »
Le 29/02/2012 de 14h à 18h : [Attention ! Des risques de grèves sont évoqués en France ce jour-là !] « Construisez votre héros »
Le 01/03/2012 de 14h à 18h : « Créez votre planche de manga »

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D’autres évènements incontournables sont également à noter :

Le 15/02/2012 de 14h à 18h :
Les coulisses du manga / séquence scénario – Avec le scénariste Jean-David Morvan et le dessinateur Hiroyuki Ôshima.

Le 18/02/2012 de 14h à 18h :
Composition et analyse d’une double page – Avec Kaori Yoshikawa (qui vient de publier un guide chez Eyrolles), Xavier Hébert (collaborateur régulier de Manga – 10 000 images), Pierre Laurent Daures de l’association «Entre les cases».

A 16h :
Conférence d’Ilan Nguyên, lecteur à l’Université des Arts de Tokyo – L’évolution du cinéma japonais d’animation présente un certain nombre de croisements et de convergences, sémantiques comme stylistiques ou techniques, avec le registre connexe de la bande dessinée. Cet exposé portera essentiellement sur l’histoire et l’esthétique du film d’animation au Japon, de ses origines à l’ère des grands studios.

Le 20/02/2012 de 14h à 18h :
Anime and Manga Art Festival – Participez à la création d’une œuvre collective avec les artistes japonais Hiroyuki Takahashi (a priori, ce serait ce monsieur) et Jbstyle : apprenez à créer des personnages de manga et à développer votre propre style !

Le 02/03/2012 de 14h à 18h :
Vivez l’expérience de travail d’un assistant de mangaka. Avec les auteurs de bande dessinée Tsuyoshi Ogawa et Naoko Kubo.

Le 03/03/2012 de 14h à 18h :
Faites un manga reportage sur le Centre Pompidou. Avec les auteurs de bande dessinée Tsuyoshi Ogawa et Naoko Kubo.

Le 04/03/2012 de 14h à 18h :
Découvrez la création d’un manga pour filles. Avec les auteurs de bande dessinée Tsuyoshi Ogawa et Naoko Kubo.

Le 14/03/2012 de 14h à 18h :
À partir de votre quotidien, Vanyda vous invite à créer des histoires extraordinaires ou banalement ordinaires mais qui peuvent être touchantes, poétiques ou drôles…

Le 17/03/2012 de 14h à 18h :
Apprenez tout ce qu’il faut savoir sur l’art de la composition d’une double page de manga et les notions de trames avec Xavier Hébert et Kaori Yoshikawa.


Tarô Minamoto à Angoulême [Màj du 02/02]

Une fois n’est pas coutume, je poste un second billet dans la même journée ! Comme vous le savez tous, le festival d’Angoulême débute demain. Comme vous le savez tous, Atsushi Kaneko (Soil, Bambi) et Stan Sakai (Usagi Yôjimbô) seront de la partie. Mais un autre auteur important fait le déplacement pour l’occasion, et il est bien dommage qu’il ne bénéficie pas d’une plus grande attention…

En regardant le programme un peu par hasard (puisque je ne serais pas sur place, c’était plus par curiosité que par nécessité), une conférence a attiré mon attention, celle de vendredi 27 à 11h30 intitulée « Quels liens entre Manga, jeux vidéo, animation et art ? » avec la participation du Japan Media Arts Festival représenté par M. Tarô Minamoto.

Il est important de rappeler que depuis 15 ans, le Japan Media Arts Festival est organisé par l’Agence des Affaires Culturelles Japonaise (rattachée au Ministère de l’Éducation) et récompense des œuvres artistiques dans quatre catégories : Art, Entertainment, Animation et Manga (et parfois un Prix Spécial). Tous les ans au mois de décembre sont ainsi attribués un Grand Prix, plusieurs Prix d’Excellence, un Prix d’Encouragement tandis que le jury recommande d’autres œuvres dignes d’intérêt dans chaque catégorie.
Depuis quelques années, je proposais les résultats relatifs au manga dans mes news d’Animeland (n° 119, 129, 139, 149, 159, 170…). Parmi les Grand Prix passés, citons : Vagabond (Tonkam), Le pays des cerisiers (Kana) – de Fumiyo Kôno qui sera en France début mars au Centre Pompidou -, Journal d’une disparition (Kana), Spirit of the sun (Tonkam), Vinland Saga (Kurokawa)…

Monsieur Minamoto, quant à lui, est assez touche-à-tout, même s’il officie principalement comme mangaka et critique de manga. Ce natif de Kyôto a fait ses débuts en 1967, à l’âge de 20 ans, dans un numéro spécial du Bessatsu Ribon (un magazine pour filles) avec Aniki kampai, après avoir étudié les beaux-arts. Au cours de sa prolifique carrière, durant laquelle il adapta certains textes célèbres (Cyrano de Bergerac, Hamlet, Monte Cristo, Les Misérables), il s’illustra principalement dans le gag manga. Ce qui est relativement raccord avec la thématique de l’exposition d’Angoulême cette année : Manga, les sens de l’humour.

Mais c’est en tant que critique que j’ai à ce jour le plus apprécié son travail avec sa participation à un recueil de nouvelles paru en 2008 pour les 45 ans de carrière de Takumi Nagayasu (Mother Sarah), dont il est grand fan (voir AL n°146) ; et les textes qu’il a rédigés dans deux livres consacrés à Osamu Tezuka et publiés peu de temps avant (voir AL n°145 et Manga – 10 000 images 2 pages 102-103).

Tarô Minamoto a également remporté un Prix Spécial lors de la 8e édition du Prix Culturel Osamu Tezuka (2004) pour avoir développé un nouveau style de BD historique et pour sa contribution à la culture du manga, ainsi qu’un Prix d’Excellence lors du 14e Japan Media Arts Festival (2010), justement, avec Fûunjitachi Bakumatsuhen.

Alors si vous avez l’occasion de croiser ce grand monsieur, n’hésitez pas à aller lui accorder toute l’attention qu’il mérite (de mon côté, je regrette désormais de ne pas être sur place !). N’hésitez pas non plus à vous intéresser aux auteurs Taïwanais présents en nombre et forts talentueux, si j’en crois les planches disponibles sur le blog officiel (avec des BD traduites en lecture gratuite et légale !).

Un résumé des activités intéressantes est à lire ici ou en version détaillée sur le site officiel de Mangoulême.

[EDIT du 02/02/2012 : Yves Schlirf (Kana) a rencontré le mangaka à Angoulême et il a même reçu une dédicace de celui-ci.]