Marché japonais : Remise en perspective des chiffres

Cette semaine, le site BoDoï a mis en ligne son 29e récapitulatif mensuel des infos à retenir pour le marché du manga (France / Japon / International). Parmi la longue liste de news intéressantes présentées cette fois-ci, une d’entre elles a retenu mon attention:

RIEN NE VA PLUS SUR LE MARCHé DU MANGA ?

Si le marché du manga recule en France, le schéma se révèle similaire au Japon. Ainsi, l’institut Oricon constate que le marché a enregistré une baisse de 1,5 point en 2012 – une première depuis 2009. Ainsi, les ventes sur l’année 2012 représentent environ 2,12 milliards d’euros, contre 2,153 milliards en 2011, 2,145 milliards en 2010 et 2,14 milliards en 2009. À noter également que le marché du livre recule au Japon depuis trois années consécutives (-5,4 points, à 8,34 milliards d’euros). Concernant les trois plus gros éditeurs de mangas, leur position reste sensiblement le même : Shûeisha (14,5% de parts de marché) recule de 0,2 point, Kôdansha (10,8% de parts de marché) progresse de 0,1 point, et Shôgakukan gagne 0,5 point pour arriver à 7,9% de parts de marché.

Il s’agit de la reprise d’une information publiée sur Manga News début février et qui m’avait déjà fait tiquer à l’époque. En effet, ce sont des données brutes qu’il convient de remettre en perspective avec la réalité toute particulière du marché du manga au Japon sur la même période, où One Piece a battu records sur records. La série culte d’Eiichirô Oda s’est écoulée a été imprimée à 280 millions d’exemplaires environ en 15 ans rien que sur le sol nippon, dont plus d’un tiers a été vendu entre 2009 et 2012 (pour plus de détails, voir les commentaires). Ce chiffre étourdissant biaise donc totalement toute interprétation classique des données.

Donc, si on reprend les chiffres, cela donne les résultats suivants :
2008 : 5,96 millions d’ex. de One Piece vendus.
2009 : 2,14 milliards d’euros de CA avec 14,72 millions d’ex. de One Piece vendus.
2010 : 2,145 milliards d’euros de CA avec 32,34 millions d’ex. de One Piece vendus.
2011 : 2,153 milliards d’euros de CA avec 37,99 millions d’ex. de One Piece vendus.
2012 : 2,12 milliards d’euros de CA avec 23,46 millions d’ex. de One Piece vendus.

On constate ainsi qu’en 2010, l’augmentation exponentielle des ventes de One Piece n’a eu qu’un impact très faible sur le CA global du marché, tout comme la baisse de 2012 (-14,5 millions, -38,25%). De fait, si l’on retire One Piece de l’équation, il apparaît très clairement que l’année noire pour le marché était 2010 (-2,67% par rapport à 2009), que 2011 était légèrement en dessous (-0,52% par rapport à 2010) tandis qu’en 2012 la baisse du hit d’Oda a été compensée partiellement par d’autres titres (+0,74% par rapport à 2011). 2012 a même été une bonne année avec un CA à la hausse par rapport à 2010 (+ 0,21%). Ce qui est plutôt rassurant, même s’il n’y a pas non plus de quoi sauter au plafond (il reste inférieur à celui de 2009 (-2,46%))…

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Le « Morning » débarque en force

Dans une semaine, c’est le 33e Salon du Livre de Paris. Parmi les auteurs invités, on retrouve Takehiko Inoue, le papa de Vagabond, publié ponctuellement dans l’hebdomadaire Morning, Fuyumi Sôryô et Motoaki Hara, créateurs de Cesare, édité encore plus épisodiquement dans Morning, et Hikaru Nakamura, a qui l’on doit les désopilantes Vacances de Jésus & Bouddha qui ont vu le jour dans… Morning Two (oui, y avait un piège !).

Comme à leur habitude, les éditions Ki-oon proposeront sur leur stand une exposition consacrée à une série de leur catalogue. Cette fois-ci, c’est évidemment Cesare qui sera à l’honneur, le manga marquant en outre leur première vraie collaboration avec l’éditeur nippon Kôdansha. Mais ils ne s’arrêtent pas en si bon chemin puisqu’ils ont annoncé aujourd’hui l’acquisition d’un second titre du catalogue Kôdansha, et de Morning en particuliers, La Main droite de Lucifer. Alors ? Jamais deux sans trois ? En attendant, La Main droite de Lucifer est le 4e manga de Naoki Serizawa a paraître dans nos contrées et le mangaka réussi l’exploit d’être à chaque fois publié chez un autre éditeur : après Shiro détective catastrophe chez Taifu Comics, Saru Lock chez Pika Edition et Resident Evil chez Kurokawa, c’est donc Ki-oon qui a jeté son dévolu sur ce dessinateur dont le travail se bonifie avec le temps.

Enfin, nous avons appris discrètement cette semaine, au détour d’un podcast en ligne, que Pika Edition prévoyait de sortir Space Brothers de Chûya Koyama (toujours de Morning) en fin d’année. La série a été adaptée en animé l’an dernier et est diffusée gratuitement et légalement toutes les semaines en VOSTF sur le site Genzai. 48 épisodes sont d’ores et déjà disponibles.

Et si vous voulez en savoir plus sur l’incontournable magazine Morning, je vous renvoie bien évidemment à l’article que je lui ai consacré dans Le Meilleur du Manga 2013.

Deux films à Moscou

Une fois n’est pas coutume, je vais parler cinéma. Ces dernières semaines, j’ai eu envie d’aller voir deux films : le très attendu Die Hard 5 et Möbius, sur les conseils d’un ami. Le hasard a voulu qu’il y ait des morceaux de Russes dedans, du coup, hop!, billet !

Après le relativement moyen 4e opus de la franchise qui a fait de Bruce Willis un héros de film d’action, on pouvait espérer que le 5e relèverait un peu le niveau avant que papy ne prenne sa retraite. Que nenni ! Die Hard 5 s’avère encore plus mauvais et n’a surtout plus rien à voir avec le concept de départ. Alors certes, ça se laisse regarder, mais Die Hard 5 représente tout ce que je déteste aujourd’hui dans l’industrie du divertissement. Il s’agit d’un pur produit marketing calibré, bourré de fan-service (course poursuites en bagnoles, coups de feu, explosions à gogo, acteurs/trices payés pour être sexy avant d’êtres bons…) et totalement dénué d’âme. A part que le personnage joué par Bruce Willis s’appelle John McLane, le film n’a absolument rien d’un Die Hard. Vous preniez exactement le même pitch, avec Stallone et vous appeliez ça Rambo 6, ça marchait tout pareil. Vous preniez exactement le même pitch, avec Kiefer Sutherland et vous appeliez ça 24 heures chrono : Le film, ça marchait tout pareil. Vous preniez… enfin bon, vous avez compris ! Et je reste véritablement circonspect par rapport à l’interminable scène de cassage de voitures au début qui n’a strictement aucun intérêt à part celui de faire fonctionner l’industrie automobile… Seule petite satisfaction : Patrick Poivey était au top de sa forme sur la VF de Willis. C’est toujours ça de pris ! Au final, Die Hard 5, c’est donc surtout « Belle journée pour sortir » (et ne pas aller au ciné) !

En face, nous avons Möbius, le nouveau film avec Jean Dujardin, une histoire d’amour sur fond d’espionnage. Ne cherchez pas le film d’espionnage, ni même le fond, car ils sont particulièrement en retrait. Le scénario étant rendu complexe par quelques artifices à base d’espions, de contre-espions, de contre-contre-espions et de contre-contre-contre-espions. A ce titre, c’est beaucoup de poudre aux yeux, et c’est pour moi le point faible du film. Ça tient la route, mais il vaut mieux ne pas trop se poser de questions et se laisser porter par l’histoire et, surtout, les personnages. Car oui, Möbius repose quasi-intégralement sur ses personnages, leurs émotions, leur charme et leur histoire d’amour, sincère, spontanée, instinctive et presque animale. Jean Dujardin et Cécile De France forment un couple magnifique à l’écran, et jouent avec énormément de justesse le rôle de ces âmes sœurs que rien ne prédestinaient à se rencontrer. Leur relation fusionnelle est si intense qu’elle dépasse allègrement la prestation de Patrick Swayze et Demi Moore dans Ghost, pourtant référence ultime du genre. Sublimés pas la caméra d’Éric Rochant, les personnages d’Alice et Moïse suscitent rapidement l’empathie du spectateur qui tombe inexorablement amoureux d’eux. Bon point également pour la BO sympathique qui a su s’effacer et profit du film. Rare. Möbius est donc un très beau film d’amour qui m’a même tiré une petite larmichette à la fin. Incontournable si vous avez la fibre romantique.