Nobuhiko Horie fut rédacteur en chef du célèbre Weekly Shônen Jump (Naruto, One Piece…) entre 1993 et 1996, au moment où le magazine a battu tous ses records de tirages (montant jusqu’à 6,53 millions d’exemplaires hebdomadaires – soit 2 fois plus qu’aujourd’hui !) mais aussi où il a dit adieu à deux titres phares qui lui ont coûté de nombreux lecteurs (Dragon Ball en 1995 et Slam Dunk en 1996). En 2000, cet ancien responsable éditorial de Tsukasa Hôjô (Cat’s eye) et Tetsuo Hara (invité d’honneur de Japan Expo 2013) décide de quitter Shûeisha qui l’employait depuis 1979 pour s’associer avec ses deux poulains, Akira Kamiya (qui doubla dans les années 80 Ryô Saeba, héros culte du premier, et Kenshirô, héros culte du second) et, moins connu chez nous, Ryûji Tsugihara, afin de monter une entreprise commune, Coamix.

En mai 2001, Coamix lance son propre magazine, Comic Bunch, qui emploie alors plusieurs ex-auteurs de Shûeisha, dont Yoshihiro Yanagawa. A l’époque, en tant que grand fan de Tsukasa Hôjô (qui a depuis baissé dans mon estime…), je ne pouvais laisser passer ce nouvel hebdomadaire et je me suis rué sur son numéro 1. Outre le premier chapitre d’Angel Heart, c’est le début de Nemuri Kyôshirô, récit de samouraï dessiné par monsieur Yanagawa d’après une série de romans de Renzaburô Shibata, qui a littéralement attiré mon attention. J’ai tout de suite aimé son style relativement réaliste, qui rappelait parfois celui de Hôjô, et sa façon de traiter les visages.

Yanagawa 01Ci-dessus, le premier tome du roman et un extrait
du premier chapitre du manga en prépublication.
Nemuri Kyôshirô
© Yoshihiro Yanagawa
Coamix / Shinchôsha Inc. 2001

La série a duré jusqu’en 2004 et s’est étalée sur 10 tomes. C’est à ce jour la plus longue de l’auteur, et de loin. Elle a ensuite laissé la place, toujours dans le Comic Bunch, à Saite Magoichi (2003-2005, 5 tomes), un autre manga d’époque mettant cette fois en scène un pompier à l’ère d’Edo.

 Yanagawa 04 Une autre planche de Nemuri Kyôshirô et quelques
couvertures des tomes reliés de Saite Magoichi.
Nemuri Kyôshirô
© Yoshihiro Yanagawa
Coamix / Shinchôsha Inc. 2001

A ce moment-là, je tenais une rubrique mensuelle d’une page dans Animeland qui se nommait « Manganews ». Le concept était simple : je présentais à chaque fois 3 chroniques de mangas inédits en France et toujours en cours au Japon (généralement mes coups de cœur). Fin 2003, j’avais décidé de parler de Nemuri Kyôshirô et le hasard a voulu que ça tombe pile au moment de la transition entre les deux séries de l’auteur et mon premier séjour au Japon. Du coup, j’ai dû réécrire en urgence ma chronique qui fut ainsi consacrée à Saite Magoichi (et qui contenait deux ou trois données erronées – comme le titre de la série, suite à une mauvaise lecture d’un kanji). Pour les curieux, je vous renvois au numéro 97 d’AL (décembre 2003 / janvier 2004).

Yanagawa 03En haut, la couverture du 1er Comic Bunch. En bas,
celle du numéro contenant le 1er chapitre de
Saite Magoichi, acheté directement au Japon !

De ces 5 années de publication hebdomadaire, Yoshihiro Yanagawa ne garde pas un formidable souvenir. D’abord, parce que le rythme de travail était infernal (6 jours sur 7, plus une demi-journée de réunion éditoriale), ensuite parce qu’il n’était pas forcément libre de faire tout ce qu’il voulait, et, enfin, parce que les récits d’époque nécessitent une énorme rigueur graphique (et un gros travail de documentation).

Yanagawa 02Un autre extrait du premier chapitre de  Nemuri Kyôshirô
en prépublication et deux couvertures de tomes reliés.
Nemuri Kyôshirô
© Yoshihiro Yanagawa
Coamix / Shinchôsha Inc. 2001

De mon côté, moins emballé par cette histoire de pompier, j’ai préféré me pencher sur Kijimu, un recueil plus ancien (2000) de trois histoires courtes (deux fantastiques autour du petit Kijimu qui se balade le kiki à l’air en Amérique du Sud, et Gloria, un western pêchu et sexy), et ce n’est que l’an dernier que j’ai mis la main sur les 5 tomes de Saite Magoichi.

Par la suite, poussé par une espèce de curieux sixième sens, j’ai eu le chic pour faire un tour sur le site de l’auteur à chaque fois qu’il s’est mis à avoir une actualité : avec Hurricane Trimmer en 2008 et Neko to kikansha en 2010. A la lecture du premier, je n’ai pas pu m’empêcher d’en parler dans Animeland (n°140, avril 2008), tandis que pour le second, ayant raté le coche de quelques mois, j’attendais une éventuelle sortie en volume relié…

Yanagawa 05De gauche à droite : Kijimu, Nemuri Kyôshirô,
Saite MagoichiHurricane Trimmer
et Bye bye my brother.

(Résolution n°1 pour 2013 : mettre la main sur les derniers mangas qu’il me manque pour avoir l’intégralité de ses œuvres !)

D’ailleurs, maintenant que j’y pense, bonne année à toutes et à tous !

Publicités