De l’urgence de l’info…

Avec le développement d’internet puis l’avènement des réseaux sociaux, l’information a pris une autre dimension et se doit aujourd’hui d’être disponible et diffusée partout, tout de suite, instantanément. Son intérêt réel, sa pertinence globale et sa véracité ont ainsi été reléguées au second plan depuis des années et aucun média n’y coupe. Car l’important en 2012, c’est de savoir.

Mais jusqu’où doit-on aller dans cette quête de l’exclusivité, dans cette course en avant ? Je me pose à nouveau la question depuis dix jours. Depuis que Manga News a publié cette information : « Fin de Bonne Nuit Punpun», relayée le lendemain par le site A voir à lire. Un flyer japonais distribué à l’occasion de la sortie du tome 11 indique que la série d’Inio Asano ferait encore trois tomes. Ça, c’est l’information. Est-ce que toutefois, ça méritait réellement une news ? N’y avait-il pas plus « urgent » à écrire, sur ce qui nous touche directement en France, par exemple ? Ou dont l’impact serait palpable à court terme ? On nous explique que la série s’arrêtera donc hypothétiquement au tome 14, et qu’au rythme de sortie actuel, ça nous amènerait en… 2014. Or, et pour une poignées d’heures encore, nous sommes en 2012. Quel est donc l’intérêt de nous annoncer, d’un ton net, la fin d’une série qui n’est même pas encore arrivée (et qui surviendra, au mieux, dans un an et demi) ? J’ai un peu l’impression qu’on touche ici davantage aux arts divinatoires qu’au journalisme.

Et je suis d’autant plus perplexe que j’ai sous les yeux le dossier de presse de Kana qui a traduit un extrait d’interview de l’auteur daté de 2010 où il dit : « Si je venais à mettre un terme à Bonne nuit Pun Pun, j’aurais l’impression que cela reviendrait à en finir avec moi-même ».
Je résume. Il y a deux ans, Asano ne voulait pas arrêter sa série. Et aujourd’hui, on nous dit que dans deux ans ce sera le cas. Mais qu’est-ce qui nous prouve qu’il n’aura pas encore changé d’avis d’ici là ?

Loin de moi l’idée de critiquer les choix éditoriaux de mes confrères (libre à eux d’aborder les sujets de leur choix), mais cela me permet de vous interpeller, chers lecteurs, sur une question qui m’obsède en moyenne quarante-douze-mille-six-cent-trente-deux fois par mois : qu’est-ce que le journalisme pour vous ? Qu’attendez-vous des journalistes aujourd’hui ? Et comment mesurez-vous le degré d’actualité d’une info (en gros, quand est-elle nécessaire et quand est-elle périmée) ? Les commentaires vous sont ouverts !

3 réflexions sur “De l’urgence de l’info…

  1. En France, de nombreux lecteurs hésitent à commencer une série sans savoir combien de temps elle va durer ; sans même parler d’un hypothétique arrêt prématuré, toujours énervant, cela permet d’avoir une visibilité et de savoir combien de temps un titre va impacter sur son budget. Au moins, ceux qui hésitaient à prendre Punpun à cause de ça seront peut-être rassuré.

    Pour ma part, j’aime bien savoir quand une série se termine au Japon, car une série trop longue aura tendance à subir une baisse d’intérêt.

  2. Moi aussi, j’avoue que j’aime assez savoir la longueur des mangas que je suis et être tenu informé de leur fin, qu’elle soit proche ou effective.

    Dans le cas que tu cites, l’information est arrivée jusqu’à moi par Twitter (Manga-news Japon), puis je l’ai lue sur Manga-news. S’agissant d’un titre que je lis et, qui plus est, d’un titre que j’apprécie particulièrement, cette nouvelle m’a intéressé. Donc, pour moi, ça méritait bien une information brève.

    Après, c’est vrai qu’il n’y avait pas d’urgence dans cette nouvelle (surtout que nous n’en sommes qu’au tome 5 en France, nous avons donc de la marge). Par exemple, l’annonce de la fin de Gunslinger Girl était plus significative pour moi, car nous suivons de près la publication japonaise. Cela a donc joué dans ma manière d’aborder le tome 14 de la série. Dans tous les cas, si j’avais appris cette nouvelle un mois plus tard, ou même un an plus tard pour Bonne Nuit Punpun (vu le délai entre l’annonce et son éventuelle réalisation), ça n’aurait pas non plus changé grand chose pour moi.

    Finalement, cela reste des choses assez superficielles, des informations vite lues qu’on est content de savoir, mais qui ne bouleversent pas grand chose. Des nouvelles de ce genre (séries terminées, nouvelles séries, actualités d’auteurs connus) sont néanmoins des sujets qui m’intéressent. C’est une partie de ce que j’attends du « journalisme », notamment dans le cadre du manga (pour ce qui m’intéresse davantage), mais je ne le limite pas à cela.

    J’en attends aussi des découvertes (d’œuvres ou d’auteurs, par le biais de chroniques plus ou moins longues, d’articles d’introduction ou d’interviews), pour titiller ma curiosité et m’aiguiller vers telle ou telle série, des approfondissements (les coulisses, de l’analyse, etc.) ou d’autres informations transversales. De manière générale, cela correspond (exception faite, peut-être, des articles d’analyse) à ce que m’apporte un support comme AnimeLand (que je lis plus attentivement et posément que le support web, même s’il complète bien le magazine).

  3. Désolé de répondre tardivement, mais j’espérais d’autres réactions/avis… Alors oui, je saisis bien les intentions des personnes qui ont fait ces news et l’intérêt que cela peut représenter pour les lecteurs de la série ou ceux qui hésitent à la commencer. Néanmoins, je suis gêné par le glissement chronologique de l’information. A une époque, on annonçait les fins de séries après la parution du dernier tome. Puis, après celle du dernier chapitre en prépublication. Plus récemment, on est passé à « dans le nouveau numéro (à paraître demain/après-demain/lundi…) de tel magazine que telle série se finira dans X chapitres ». Et voilà maintenant qu’on anticipe à un an et demi. Ce sera quoi la prochaine étape ? « Machin commence une nouvelle série, mais attention, elle se finira un jour ! »

    Mais si je suis le seul à être choqué, tant pis pour moi, et oubliez mon billet d’humeur ^^

    David : Ces informations d’importance variable contribuent à nous rendre boulimiques et à faire saturer nos cerveaux. Jamais deux sans trois, un nouveau billet très bien écrit d’Aliocha explique le problème et détaille relativement bien ce que je ressens :
    http://laplumedaliocha.wordpress.com/2013/01/04/information-verite-et-liberte/

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